Tuesday, May 23, 2006

Texte d'un lecteur contributeur anonyme

Pas la peine qu’elle me dise de la regarder pour que je le fasse. Allongée sur le ventre, elle m’offre son cou, son dos, ses hanches, ses jambes. Pas la peine de prendre une photo pour graver cette image dans ma mémoire vive. Elle est belle dans le repos comme dans l’amour. Son repos, c’est comme du Mozart. Après l’amour, son repos, c’est encore de l’amour. Je viens m’allonger sur elle, pour l’embrasser dans le cou, en essayant de ne pas l’écraser. Ce serait dommage. J’ai l’impression qu’il y a un siècle ou deux que je n’ai pas fait de pompes ... Mes bras en tremblent. Mais tremblent-ils d’effort ou d’émotion ? J’embrasse ce cou délicat, et puis je remarque les épaules. J’embrasse les épaules, et puis je remarque les omoplates. J’embrasse les omoplates, alors je remarque le chemin de la colonne vertébrale, que j’emprunte à son tour. Et je le suis. Mais où va-t-il m’emmener ? En explorateur consciencieux, j’observe chaque millimètre de ce chemin. Afin de ramener de mon voyage des impressions précises, je le goûte. J’embrasse à droite, je mordille à gauche. C’est bon, un peu sucré. La terre est tendre ici. Soudain, une côte. Je dois abandonner ce sentier qui disparaît au pied d’une colline. Aïe, il va falloir grimper. Je ne suis pas un bon marcheur, mais la pente me semble douce. Comme j’ai un peu mal aux pieds, au pied gauche surtout, je décide qu’à leur place, ce sont mes lèvres qui vont s’attaquer à ce raidillon. J’avais raison, la pente est douce, c’est bien le mot qui convient. Ma bouche la suit sans difficulté, même si elle est parfois obligée de demander un coup de main à ma langue, et même si ma langue est parfois obligée de demander un coup de pouce à mes mains. Et soudain, encore une côte. J’aperçois bientôt une deuxième colline. Je réalise qu’il n’y a pas une colline, mais deux, parfaitement identiques, et séparées par un délicat sillon, un chemin creux ombragé qui donne envie de s’y promener, de s’y égarer. Le soleil a tapé si fort, ces dernières heures, un peu d’ombre me fera le plus grand bien. Je dévale la pente douce, en me promettant d’y revenir, car je n’ai pas tout vu. Damned, le sentier est trop étroit pour ma bouche. Je vais être obligé de laisser ma langue, plus agile, partir seule en éclaireur. Je ne suis pas très rassuré, elle n’a pas l’habitude, et pour tout dire, je crois bien qu’elle ne s’est jamais aventurée seule sur ce genre de sentier. Pourtant, elle a l’air à son aise. Elle disparaît dans la pénombre, commence à s’y faufiler. Et brusquement, alors que rien ne le laissait prévoir, un tremblement de terre. Sous le choc, les deux collines se soulèvent avant de retomber, mais plus loin l’une de l’autre qu’auparavant, plus écartées. A la place de l’étroit sentier qui s’est ouvert, une faille. Je prends note de ce phénomène, causé sans doute par le réchauffement climatique. Curieusement, bien qu’à son épicentre, ma langue ne semble pas avoir souffert du séisme. Ouf. Bien au contraire, elle dispose maintenant d’un espace de jeu plus confortable. Elle poursuit donc son bonhomme de chemin. Soudain, un cratère. Etrange région, quand même … Elle se glisse prudemment jusqu’au bord du gouffre, quand la terre entière se met à trembler. Les répliques … phénomène bien connu. La région ne serait-elle pas sûre ? Comment le savoir ? Il faudrait que je sache s’il est très prudent d’aller plus loin. Mais qui pourrait me le dire ?
Qui … je le demande …

Nouveau signe du réchauffement climatique, la terre se soulève lentement, comme aspirée vers le haut. Mais qu’est-ce que c’est que ce pays ? Et qu’est-ce qui peut bien l’aspirer comme ça ? Les deux collines sont maintenant comme suspendues dans le vide, en apesanteur. Le cratère se retrouve à la verticale. Ma langue est obligée de se cramponner pour tenir bon. Soudain, deux mains qui me semblent appartenir à une autochtone apparaissent sur les flancs de chaque colline, et tentent de les attirer vers l’extérieur, comme pour les écarter l’une de l’autre. La nature a de bien curieuses façons, par ici. Mais qu’elle est belle. Sous l’effet de cette traction, le cratère s’élargit et se dessine distinctement.
- Lèche-moi. Oh oui, mon amour … lèche-moi partout … j’ai bien dit partout … ne te gêne surtout pas … j’adore ça.
J’étais déjà tendu comme un arc, et voilà que j’entends des voix … ça se confirme, je suis Jeanne d’Arc. L’effet de la forte chaleur sans doute. Quelle chaleur ! A moins qu’il ne s’agisse d’un message divin ? Oui, c’est ça, un message, divin, assurément, absolument divin.
Ma langue tâte un peu le terrain. Les bords du cratère sont constellés de multiples petits sillons concentriques, qu’elle entreprend de visiter un par un, méthodiquement. Maintenant, toute la terre ondule délicatement, comme pour tourner autour de cette langue, comme pour l’inviter à entrer dans ce cratère, et comme pour lui en faciliter l’accès. Alors elle se contracte, se fait plus fine et plus dure, et tout doucement, elle se glisse avec délice dans les profondeurs de la terre, qui se met à bouger de plus en plus, à trembler de partout. Oh la … tout doux … je vais lâcher prise. Pour m’assurer du contraire, mes mains viennent prendre sur les collines la place de celles de la mystérieuse autochtone, qui se sont retirées. En se retirant, l’une d’elles a fait le tour de la colline, et se balade sur le versant sud. Je la sens, je la devine qui s’approche. Les doigts viennent jusqu’à ma langue, pour la toucher, pour apprécier l’avancement de ses travaux de fouille. Puis la main glisse, malencontreusement bien entendu … sans doute … peut-être, vers un haut plateau situé au sud du cratère où ma langue se perd, un ancien massif montagneux appelé je crois le périnée oriental. Elle poursuit sa route. Je m’écarte un peu, pour la suivre un moment du regard. En me reculant, je libère le cratère qui se rétracte d’un coup, ce qui a pour effet de faire gémir la terre. Je n’ai pas une grande expérience de l’exploration, c’est vrai, mais jamais, ô grand jamais je n’avais entendu gémir la terre. Où suis-je donc ? Je n’en sais plus rien, je suis sur une planète inconnue, je suis ailleurs, c’est tout, et depuis un bon moment déjà, je dois l’avouer. Je regarde la main glisser lentement sur ce merveilleux paysage, fasciné par sa souplesse et sa dextérité. Elle semble connaître parfaitement l’endroit, tandis que me prend à nouveau l’envie de savourer l’envers. Elle aborde alors un second cratère, plus vaste, bordé de végétation. Une oasis … Décidément, la région est pleine de surprises… Les doigts survolent cette oasis et vont s’installer autour d’un petit monticule, une sorte de dune minuscule, sans doute de sable fin, sans doute le plus fin qu’il se puisse trouver. J’en ai déjà entendu parler. On l’appelle, si j’ai bonne mémoire, le pli torride. Et là, voici les doigts qui se mettent à jouer. Ils touchent, effleurent, massent, frottent, appuient, frôlent, caressent, et ils tournent, et ils tournent… Et plus ils tournent, plus la terre tremble. Je prends note de ce phénomène étrange causé sans doute par … par quoi, si je savais … quand soudain, deux d’entre eux, échappant à toute surveillance, redescendent de leur petit perchoir, reviennent vers l’oasis, là où elle est la plus large, et y disparaissent d’un seul coup. Quel piège les a emportés ? Des sables mouvants ? De l’eau ? J’ai peur que les doigts n’aient pas pied, puisque ce ne sont pas des doigts de pied. Mais que faire ? D’où je suis, je ne peux rien tenter pour les sauver, il m’est impossible d’intervenir, et je le dis tout net, et tant pis si ce n’est pas très glorieux, mais je n’ai pas du tout envie d’intervenir. Alors j’assiste au drame impuissant, même si mon petit doigt me dit que le terme n’est pas bien choisi. Je contemple en spectateur la fin atroce de ces doigts, noyés, ici, sous mes yeux, dans ce coin perdu du monde, mais pas pour tout le monde. Les pauvres. Mais non … ils bougent encore. Brusquement, je les vois réapparaître, tout mouillés. De l’eau donc … je comprends mieux. Et j’avoue qu’ils ont rudement bien fait. Par ces chaleurs de fournaise, un petit bain ne peut pas faire de mal. Et puis ils plongent à nouveau. Un petit bain … les veinards. Après avroir fait plusieurs apparitions et disparitions, ils décident de se sécher au vent du mon haleine, et dressent maintenant au-dessus de l’oasis, luisants au soleil. Ils me regardent et semblent m’appeler au secours. Quelque chose ne va pas … vite. N’écoutant que mon courage, j’ordonne à ma bouche de les envelopper, pour les réchauffer et les protéger. Je n’en reviens pas : ils ne sont pas froids, bien au contraire, et ils ont le parfum des fleurs sauvages de la contrée, mais surtout, surtout, ils ont tellement bon goût … Alors n’écoutant que mon plaisir, je les lèche et les suce longuement, je les savoure avec délectation. Quand on peut faire une bonne action, et se faire plaisir en même temps, pourquoi s’en priver ? Pour étancher ma soif, je les invite à recommencer l’opération, autant de fois qu’ils le voudront. Ils acceptent. J’en suis heureux.
C’est vrai, quoi … fait tellement chaud.

Ce texte m'a été envoyé dans un commentaire il y a quelques temps. L'auteur est anonyme. Il a simplement laissé un mail planeteperso@yahoo.fr. Je me permets d'en publier l'adresse puisque le commentaire était également visible de tout un chacun donc l'adresse mail également.

3 comments:

aramis said...

Superbe.

Céline said...

Magnifique voyage dans des contrées douces, parfumées, à explorer sans fin, à la recherche de nombreuse sensation sensuelle.

Poivert alias D'Artagnan said...

Je ne le dirais pas mieux qu'Aramis : superbe.